Ville de Baruun-Urt

« J’aime les terres ex-soviétiques. Elles m’aimantent.
Je suis sensible à l’esthétique de leur déglingue.
Rien ne me plaît d’avantage qu’un village portant le nom de Komsomol ou de Partisan,
A demi vide, dégouttant de boue sous un ciel d’acier, appuyé sur les béquilles de pylônes tordus et des piédestaux désertés, peuplé d’ivrognes, de hooligans, de filles qui font la gueule et de vieilles gens nostalgique de l’Union soviétique.
Dans ces décors de désespérance, on ne soupçonne pas que derrière le seuil hostile des bicoques, couvent les braises.»

Sylvain tesson.

20 octobre 2017.

La Mongolie me rappelle nostalgiquement la Russie.
Dans le resto-route où nous faisons halte une maman gourmande me sert un repas tellement copieux que j’ai l’impression que je n’aurai plus faim pour les 5 prochains mois.
Les recettes ne varient pas énormément ici, la base est composée de viande extrêmement grasse et permet ainsi aux hommes d’avoir l’apport énergétique nécessaire pour travailler toute la journée dans des conditions souvent très difficile.
Nous repartons gaiement, la panse pendouillant jusqu’aux chevilles et bien plus bas encore.
Sur le chemin,le chauffeur freine souvent très brusquement pour éviter des chevaux, des moutons et tout autre animal qui traverse la route pour aller trouver quelques carrés de plaisir gustatif.
Les aigles des steppes à l’envergure royale survolent notre bus pendant des dizaines de kilomètres, nous dévoilant indirectement les bienfaits de l’animisme.

À notre arrivée à Baruun-Urt, les hommes sont saouls et les femmes traînent leur désarroi comme une corde autour du cou.
Le paysage est comme toujours « très russe ». C’est-à-dire : hostile.
Pas un arbre ne tient le coup dans ce paysage lunaire.
L’alcool rendant très sociable la plupart des gens, je me fait accoster et freiner dans mon élan pour trouver un hébergement.
La courtoisie m’impose à moi qui respecte ce peuple de fiers guerriers de m’arrêter tout les 5 mètres pour essayer de comprendre ce qu’ils veulent me dire et saluer leur ivresse par une accolade chaleureuse.
Après une heure de recherches, d’arrêts, la fatigue pesant sur le bord de mes yeux, j’arrive au dernier hôtel (le Hilton de la région) en espérant que celui-ci aurait un minimum de confort.
Je m’arrête devant l’établissement, laisse tomber mes épaules en signe de renoncement et me dis tout bas : sérieusement ?!
Le meilleur hôtel de la région sort tout droit d’un film d’horreur de seconde zone avec le budget d’une pub pour un paquet de mouchoir.
Les matelas défoncés laissent entrevoir les ressors usés par les années, la literie est en lambeau et le papier peint a été arraché et là où il pouvait encore être sauvé, recollé, ou pour dire toute la vérité, rescotché.
Je ressors dehors, regarde cette ville où tout est gris et moi exténué. Pas de bus avant demain soir…
Je retourne à l’intérieur, regarde l’hôtesse et paie ma chambre avant d’aller tomber de fatigue sur le cercueil qui me sert de lit.
Après une nuit agitée de gratouilles où j’ai joué au fakir, je me mets à chercher où se trouvent les chamanes de la région, je remue la ville, sonne aux portes, montre des photos : rien.
La même réponse revient à chaque fois : « il n’y a pas de chamanes par ici, il faut aller au nord ».
Peine perdue, je retourne à la capitale.

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