Bulgarie

« Partout où je fais halte pour demander aux hommes l’emplacement des puits ou pour acheter des vivres, je reçois le même accueil qu’on pourrait qualifier d’aristocratique, c’est-à-dire : généreux, naturel et légèrement indifférent.
Ce n’est pas vraiment de l’hospitalité.
C’est plutôt une sorte d’incapacité à concevoir qu’on puisse laisser l’étranger dehors. »

Sylvain Tesson.

26-08-2012.

Des gamins me jettent des morceaux de pain et font semblant de me cracher dessus.
Je m’écarte le temps qu’on m’oublie, retire mes chaussures et m’installe pour commencer à rédiger mes comptes-rendus des derniers jours.
Un homme passe, me fait un signe de la tête. 
Je lui renvoie un bonjour chaleureux.
Autour de moi un silence riche de mélodies variées.
Le sifflement des sauterelles se fait inviter aux chants du vent qui ne tardent à faire danser les arbres.
Une femme installée sur le pas de sa porte me regarde intriguée.
Les minutes qui suivent sont inspirantes
. J’écris sans interruption, puis je l’entend venir vers moi.
Maman m’a apporté du pain à l’odeur alléchante. 
Chaud, tout droit sorti du four!
Un regard triste, des yeux fatigués, elle vient compatir à ma solitude.
« Mange, ça te donnera des forces. » Avait-elle l’air de me dire.
Je la remercie du fond du cœur, la remercie encore et encore.
 Elle balance la tête de gauche à droite comme les Indiens quand ils vous confirment une action.
Elle me présente ses filles aussi mignonnes que timides que j’immortalise sans perdre une seconde.
Je mange des grosses bouchées du pain tout en continuant à l’écouter.
Elle me quitte en laissant derrière elle ses enfants pour s’occuper de moi.
Pendant que l’une s’interroge sur l’utilité d’un bâton pour voyager, l’autre me retire les crasses collées sur mon dos.
Soudain l’homme que j’ai croisé quelques minutes plus tôt me resalut, prend position devant moi et me fait comprendre que je dois rester assis là jusqu’à son retour. 
C’est le père des filles.
Je me replonge vite dans mes pensées.
J’écris en savourant encore plus le doux goût du pain fait maison, lorsque le bruit d’un sac en plastique attire mon attention et fait lever mon regard. 
Il est revenu avec un sac de nourriture pour moi.
– Hamburger d’agneau sous vide.
– Biscuits au café ( Beurk, immangeable! ).
– Une canette de coca et une bière (je ne sais pas pourquoi dans l’esprit des gens un homme boit toujours de la bière). 
Je ne sais pas quoi dire…
 Je ne demande pas l’aumône 
mais comment leur expliquer?
 Il part en trottinant et revient avec… encore plus de pain ! (MIAM!)
-« Hotdog » me montre-t-il avec les hamburgers emballés.
La discussion se lance, on essaie de se comprendre aussi bien que l’on peut. 
 C’est relativement comique de discuter sans vraiment se comprendre!

Traîner plus longtemps serait certainement une invitation à l’hébergement.
Ils en ont fait plus qu’assez, hors de question de prendre plus.
Je profite de l’absence du mari pour remettre mes chaussures.
Maman est revenue et tente de me raconter sa vie qui n’a pas l’air d’être facile.
Elle se décharge émotionnellement à quelqu’un qu’elle ne verra certainement plus jamais. 
Parfois ça fait du bien…
Les petites filles s’affairent autour de moi, l’une s’abaisse pour faire mes lacets pendant que l’autre ramène ma caméra et mon bâton près de mon sac.
Je leur fait une chaude étreinte avant qu’elles ne me m’indiquent le chemin à suivre pour rejoindre la route de la Turquie.
9 km avant la frontière! Déjà ?!
 Je pensais en avoir pour encore une 
grosse semaine.
Et 256 km avant Istanbul. 
Ca va chier!

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