Village de Chame

« N’ayez jamais peur de la vie, n’ayez jamais peur de l’aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée.
Partez, allez conquérir d’autres espaces, d’autres espérances.
Le reste vous sera donné de surcroît. »

Henry de Monfreid.

27 Janvier 2014

Bya Dunia:
Ce matin, nous quittons Panama city pour une autre ville dont nous n’avons aucune info.
Chame est sur l’itinéraire vers l’ouest, alors pourquoi ne pas passer par là ?
Nous ratons malencontreusement la ville de Chame.
Nous décidons de revenir sur nos pas plutôt que de poursuivre sur une prochaine ville. Intuition, chance ? Appelons cela comme nous voulons.
Je m’amuse à penser que ce sont les esprits qui nous redirigent vers un axe important de notre voyage. Si nous prenons le temps de les écouter, ils nous mèneront toujours vers de belles rencontres.
Je dis à Lida : viens, on va se mettre là bas pour faire du stop.
Nous posons nos sacs et levons le pouce.
Une voiture, un bus, une jeep, un camion.
Les voitures défilent et aucune ne prête attention à notre présence.
Je relève le pouce et au loin, une voiture ralentit.
Petite berline conduite par une femme rayonnante.
Elle se gare, je me mets à courir vers elle et arrive au niveau de la portière.
Iris se penche péniblement pour ouvrir la fenêtre côté passager.
-Vous allez où?
-A Chame !
-Montez!
Je préviens Lida et nous installons nos sacs dans le coffre.
-Vous allez faire quoi à Chame, il n’y a rien à voir là-bas !

Lida :
Iris, cette femme aux yeux rieurs, nous refile sa bonne humeur. Elle a l’air surprise de notre destination.
Je lui dis qu’au final, chaque endroit mérite la découverte.
Dès nos premiers pas, nous découvrons un charmant village tout en couleurs, où chaque maisonnette possède son propre caractère. Nous arrivons vers une petite échoppe près de laquelle nous nous installons à l’ombre pour profiter d’une bonne eau fraîche. Cristina, une dame âgée, nous accueille avec un sourire assez réservé.
Un peu plus loin, j’aperçois Laura, sa petite nièce, munie d’un crayon à la main, elle réalise un joli coloriage. Je m’approche d’elle et afin de briser la glace, je lui propose de l’aider à colorier son papillon. Indifférente au premier contact, elle arrive finalement à me faire confiance rapidement.

Bya Dunia:
Assis sur la bordure du trottoir j’observe Lida discuter avec la petite Laura.
Un échange intense a lieu entre elles. Par habitude du voyage en solitaire, je sais à quel point c’est important de vivre seul ce genre de rencontre décisive.
Je décide donc de ne pas interférer et assiste à leurs fou-rires depuis le trottoir.
A côté de moi, les vieux, assis autour d’un arbre discutent de la pluie et du bon temps.
La police patrouille en vélo, assistée par le regard perçant des faucons qui tournoient au-dessus de nos têtes.

Lida :
Laura me raconte des histoires en espagnol sous le regard amusé de sa tante. Je fais connaissance avec Cristina qui m’écrit son numéro de téléphone sur un bout de papier. A ce moment-là, je me demande pourquoi elle fait un tel geste ? Je sais que je ne reverrai plus jamais ces personnes, que le moment partagé restera dans ma mémoire pour toujours. Telle est la splendeur du voyage, des rencontres marquées dans le temps qui débutent et se terminent dans l’instant saisi.
Laura court vers moi pour me présenter ses poupées. J’ai droit à une leçon d’espagnol. « Boca », « Ogo », « Mano »,… Elle s’investit sérieusement dans son rôle d’institutrice.
L’heure file et nous devons quitter nos nouvelles amies afin de trouver un endroit pour camper, avant que le soleil ne se couche.

Bya Dunia:
Nous sortons des sentiers battus pour arriver dans un lieu totalement différent et beaucoup plus enivrant.
Les pâturages parcourent l’horizon jusqu’à l’infini. Impossible de trouver un bout de terrain où planter la tente…
Je salue joyeusement un groupe d’hommes que nous croisons pour ensuite marquer l’arrêt devant une superbe pelouse.
La parcelle grillagée fait rêver, une superbe maison style méditerranéen domine le jardin où des enfants gambadent comme des oiseaux mouches.
Perdu au milieu des champs, il n’y a personne à des centaines de mètres à la ronde.
Un homme se dirige vers moi et nous parle.
Le regard vif et le visage joyeux, il nous demande ce que nous cherchons.
Je lui fais comprendre que ça nous plairait de camper sur sa belle pelouse.
Il nous demande d’attendre et va consulter sa femme.
Les enfants accourent vers nous et nous sourient timidement.
Antonio revient et nous pose plusieurs questions.
Nous lui disons que nous partirons le lendemain au levé du soleil.
Un peu inquiet car il n’est que le gardien de la propriété, il veut s’assurer qu’on ne lui causera pas de tort.
Rentrez, installez-vous où vous voulez. Il y a assez de place.
Le jardin est tellement grand que je ne sais pas où je peux lever la tente.
Nous le remercions du fond du cœur et le remercions encore et encore.
La tente est levée, premier jour de campement avec Lida et premier jour pour ma nouvelle tente Wolfskin qui en jette un max !
Nous déballons la nourriture et mangeons en discutant de la vie et de l’harmonie que nous vivons avec la nature.

Lida :
Une fois couchés, un ciel plein d’étoiles se dévoile à travers la toile de la tente. Parmi les chants des sauterelles, l’air frais et la voûte illuminée, je me retrouve entre ciel et terre.
Peut-être l’un des sentiments les plus simples mais des plus merveilleux à la fois. C’est sûrement pour cela que je manque de mots pour le décrire…
Je m’endors avec une jolie berceuse. Bya chante au rythme de son tambour.
Ma dernière pensée de la journée va à ma famille. Je pense à vous. Et puis je repense à Iris. La première personne qui a répondu à nos pouces levés. J’avais envie de lui dire en cette fin de journée : Chame avait tout à nous offrir finalement…

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