dernier jour à Astana

« Hors du temps, soustrait au caprice de la lumière, de la saison, de notre individu momentané, quelque chose existe qui s’est une fois pour toutes incorporée au paysage et à nous-mêmes, un bonheur né d’une rencontre et que nous retrouverons si cette rencontre se renouvelle. »

Gustave Roud.

Novembre 2011.

En me levant ce matin, j’ai fait le bilan. Comme prévu je suis dans mes comptes niveau bouffe (4 dollars par jour).
Pour ce faire je dois aller faire mes courses à la source, là où la nourriture est la meilleure et la moins chère: dans les quartiers les plus défavorisés.
On a vite fait le tour d’Astana. J’ai donc décidé de quitter la ville et d’aller voir ce qu’il se passe en dehors.
2 heures de marche pour apercevoir la première maison faite main comme on dit.
Ce matin il fait bon, le soleil est de la partie et son baiser me réchauffe juste comme il le faut.
-Salem! (salut!) Atkuda, atkuda? (D’ou viens-tu, d’où viens-tu?)
Un petit bonhomme haut comme trois pommes me fait signe de le suivre. Il m’emmène chez lui.
Je suis accueilli avec tous les honneurs et maman se presse d’aller à la cuisine préparer à manger.
La cuisine est propre mais irrécupérable de saleté.
La viande a mauvaise mine et les légumes tirent un peu la gueule. J’ai l’impression qu’ils me murmure; « Achève-nous l’ami ! »
Je ne peux pas refuser une si chaude invitation au risque de finir aux toilettes toute la soirée.
Mais j’ai prévu le coup, je suis plus que bien équipé pour une guerre bactériologique!
Maman revient avec un pain chaud sorti du four.
Les enfants courent dans tous les sens pour attirer mon attention pendant que papa essaie de me montrer qu’il a un peu d’autorité.
Peine perdue, personne ne l’écoute.
La table se remplit doucement et les plats ont tous l’air appétissants.
Si les légumes auraient pu parler à cet instant là, ils m’auraient dit: « Enfoiré! Tu vas voir, on ne va pas te laisser dormir ce soir! »
Boulettes sauce tomate, agneau mijoté avec des pommes de terre dans une sauce tomate, légumes, saucissons et quelques feuilletées fourrées au poulet et chou blanc.
Je ne prends pas le risque de m’établir cette fois-ci chez un habitant, par peur peut-être d’un jour revenir et découvrir que mes affaires ont disparu.
Ils ne dégagent rien de méchant, rien de faux.
Mais je ne préfère pas risquer dans les grosses villes…

Leave A Comment

error: Content is protected !!