Ghambat

« Nous ne devrions pas perdre de vue que nos rêves constituent les faits les plus solides que nous connaissons. Mais je ne parle pas vraiment de rêves.
Ce qui peut être exprimé par des mots peut l’être dans la vie.
Ma propre vie est un fait dont je n’ai pas lieu de me féliciter, je ne respecte que ma foi et mes aspirations.
C’est par elles que je parle.
La situation de chaque homme est en réalité trop simple pour être décrite.
Je n’ai prêté aucun serment.
Je n’ai aucun dessein pour la société, la nature ou encore Dieu.
Je suis simplement ce que je suis, ou du moins je commence à l’être.
Je vis dans le présent.
Je ne fais que me souvenir du passé, et j’anticipe le futur. »

Henry David Thoreau.

11 novembre 2017

Il y a des gens qui rentrent dans votre vie pour ne plus la quitter.
Ce serait trop compliqué et trop long de vous expliquer comment j’ai rencontré Ghambat mais j’étais après une année d’absence pressé de le revoir…
«Comment te sens-tu? » me demande-t-il.
Je lui réponds : « boukh yum sein, bi bayarta bain ! » (Tout va bien, je suis content !)
À mon arrivée, il était extrêmement affaibli et me donnait l’impression d’avoir vieilli d’au moins 40 ans.
Pour un enfant des villes qui vit la plupart du temps avec la facilité de tout avoir à proximité, j’oublie souvent que la vie dans la taïga est certainement la plus dur que j’ai pu voir.
Chaque saison implique un campement différent et des centaines de kilomètres à parcourir, maison sur le dos, à la recherche de pâturage pour les rennes.
L’hiver, le thermomètre descend régulièrement jusqu’à -50 degrés.
La vie de nomade n’est pas de tout repos et le corps, bien que à 54 ans il soit endurci, paraît comme 90 ans.

Ghambat est heureux que je sois passé même seulement pour quelques jours et accepte les présents que je lui ai apportés avec beaucoup d’humilité.
Ses yeux cristallisent l’émotion et me montrent à quel point je l’ai manqué.
Dans mon livre de conversation, il pointe le doigt sur :
« bi tchamd kheirta » (je t’aime), ensuite les mots « Keir» (amour) et « ouyerkhel » (amitié) avant de me montrer « amar Khoun »(facile à vivre) en me désignant du doigt.
Je suis ému et verse une larme, sans doute deux…
« Viens te promener avec moi, nous allons parler du Tengri et du fabuleux pouvoir que tu as.»
Je l’aide à se relever et lui emboîte le pas.
Les écureuils et les pies nous suivent, lancés dans l’élan puissant des pas de ce chamane.
Je range mon appareil photo et observe ce magnifique phénomène avec beaucoup de joie et des mots s’envolent vers les Cieux:

Mon vieil ami,
Un lien que je ne peux expliquer me relie à toi d’une manière aussi douce que l’eau qui avec le temps polit la pierre du fleuve.
J’aimerais pouvoir te faire vivre 1000 ans pour avoir l’opportunité d’encore te revoir et de me plonger dans la connaissance infinie que tu dégages, en irradiant tout mon être. Je vous aime tous d’une manière tellement forte que seul le cœur d’une femme pourrait le décrire.
Face à toi, je me sens comme un jeune moineau qui apprend jour après jour à mieux chanter pour éblouir les hommes. Merci…

 

Leave A Comment

error: Content is protected !!