Ville de Harrar

« Dans les dédales en clair-obscur de l’écheveau de ruelles, c’est tout le Proche et Moyen-Orient qui vaquent et déambulent.
Chez les femmes que l’on croise, une extraordinaire variété de voiles trahit différentes origines et obédiences islamiques.
Courts ou longs, noirs ou colorés, intégraux ou composés, amples ou seyants, sobres ou rehaussés d’or et de perles, parfois même rose bonbon à paillettes, ils trahissent une science achevée de la séduction.
Ils flottent avec la grâce et les mystères des secrets qu’on voudrait pouvoir percer, et l’on se perd bientôt, happé par la contemplation de l’une, surgie d’un angle mort, abandonné par l’autre, avalée dans l’ombre d’une porte ouvragée, après avoir été cloué au sol par un regard de braise… Ces manières ne sont pas prudes, comme on pourrait le penser.
A petit pas, au rythme des appels du muezzin qui scandent la journée, on se laisse porter et emporter par les beautés de ce labyrinthe. »

Sonia et Alexandre Poussin.

30-09-2013

Dans le marché, je me fais une fois de plus surprendre par la légendaire fraternité des musulmans.
Une grosse mama (Je ne sais pas pourquoi mais dans mon esprit, plus une femme africaine est enveloppée, plus elle peut offrir de l’amour), les seins pendouillants jusqu’au nombril, tient une petite échoppe où je viens souvent prendre mon petit déjeuner.
Elle offre le repas aux enfants dont les parents se saignent pour les frais de scolarité.
Unis dans la même misère, tout le monde s’entraide main dans la main.
Chrétiens ou musulmans quelle importance ? Il n’y a qu’un Dieu, me répètent certains badauds.
Je ne viens pas toujours pour le thé (qui ceci dit en passant est exquis) mais aussi pour me délecter de l’incroyable beauté de sa fille au sourire Colgate.
Maman me regarde comme on regarde un fils longtemps absent de la maison et revenu pour un bref instant.
Elle me sert le thé comme si je mangeais chez elle et me tapote les mains comme pour dire à son fils qu’il ne prend pas assez soin de lui.
Aucun d’entre eux ne parle anglais mais ça ne nous empêche pas de nous comprendre. Un geste, un sourire, un regard… Il ne faut pas plus.
De l’autre côté de la rue une classe est improvisée sur un coin de mur protégé par un bout de bâche bleu.
Quatre petites filles apprennent l’anglais dans des cahiers offerts par l’USAID.
Les femmes voilées embellissent de leurs voiles multicolores la place déjà bien enluminée.
Derrière nous d’innombrables faucons et aigles survolent les boucheries des frères musulmans.
Des rires me ramènent près de mes hôtes. Maman parle de moi en nettoyant le riz.
Je plais à sa ravissante fille.
Chacun vaque à ses occupations et moi, je me perds à regarder ce que l’insignifiant veut bien me dévoiler.
Ici, le passé tout comme l’avenir ne semble préoccuper personne.
Nous sommes là, il fait beau, nous sommes toujours en vie, c’est le plus important.

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