Héritage

« Je sais que je suis.
Je sais qu’il y’a quelqu’un d’autre qui en sait plus que moi et s’intéresse à moi, dont, en quelque sorte, je suis la créature et le parent.
Je sais que l’entreprise est noble.
Je sais que les choses fonctionnent bien, qu’il n’y a aucun problème.»

Henry David Thoreau.

20 juillet 2017

Mon père adorait me parler des arbres et de leurs feuilles, il considérait que ça faisait partie d’une bonne éducation.
Aussi loin que je puisse m’en rappeler, il n’aimait pas nous offrir de jouets, il trouvait peut-être cela futile et superficiel.
Il disait que l’imagination nous porterait bien plus loin que ce qu’on pourrait espérer ; nous étions des petites madeleines fraîchement sorties du four, nous ne comprenions presque rien de tous ses conseils.
Jouer ensemble nous disait-il souvent, les jouets ne vous aideront pas à grandir, ils vont vous distraire.
Quand je m’amusais avec mon frère et ma sœur, il était rare de le voir interférer, il restait toujours à bonne distance, comme si cet espace sacré nous était entièrement dédié.

À la maison, bien qu’il regardait régulièrement la télévision, il nous interdisait d’y poser les yeux.
Les seuls moments où nous nous rassemblions tous les quatre pour pouvoir là regarder étaient lorsqu’il y avait des documentaires : le jardin extraordinaire sur la RTBF, le commandant Cousteau sur les chaînes françaises, quelques documentaires sur la savane africaine, mais aussi les fabuleux dessins animés : « Il était une fois la vie ».
Appuyés sur son gros ventre, nous débâtions, argumentions et lui posions d’innombrables questions : qui est cet étrange animal ? Arrive-t-il vraiment à vivre sous l’eau ? Comment respire-t-il ?

Je me disais souvent qu’il ne voulait pas qu’une mauvaise chose puisse nous atteindre, qu’il espérait que rien de néfaste ne puisse nous influencer pendant notre enfance ; cette période délicate de notre vie où nous sommes extrêmement réceptifs et influençables.
Avec du temps, les choses finissent par se mettre en place pour tout le monde et je pense qu’il prévoyait que, comme des tournesols, nous finiront un jour par chercher instinctivement la lumière du soleil.

Mon père était un homme très dur mais juste, un géant rempli de failles extraordinaires et ses enseignements m’ont mené jusqu’aux portes du Royaume de Shambhala.

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