Ketchikan

«A cette époque, je travaillais comme charpentier itinérant, construisant des charpentes d’immeubles pour 3,5 dollars l’heure.
Un après-midi, après avoir entassé des poutres et planté des clous pendant neuf heures,
j’annonçai à mon patron que je partais :
« Non, pas dans quinze jours, Steve, j’ai l’intention de partir tout de suite ».
Il ne me fallut que quelques heures pour retirer mes outils et mes affaires
de la minable caravane de chantier où je logeais.
Puis je montai dans ma voiture et pris le chemin de l’Alaska.
Comme toujours, j’étais surpris qu’il soit si facile de s’en aller, et que ce soit si bon.
Soudain, le monde devenait riche de toute sortes de possibilités.»

Jon krakauer.

30 décembre 2011.

J’ai remarqué que tu évitais de lier un contact durable avec les gens qui passaient dans ta vie.
Ça t’aura surement mené à finir seul dans cette grande et belle maison.
J’ai senti cette âme de voyageur qui résonnait en toi, cet appel à la découverte quand Victor te demandait d’où venaient les masques accrochés sur tes murs.
Je te regardais presque tous les soirs en mangeant.
Tes yeux rivés sur cette brochure posée sur la table qui parlait de Porto Rico.
Ce besoin de fuite, cette nécessité de voir autre chose.
Je te sentais te laisser envahir par ces mélodies tibétaines et amérindiennes que j’écoutais à notre dernier dîner.
« Ne coupe pas, laisse tourner, c’est enrichissant » me disais-tu.
Je me disais quelques fois que ce côté grincheux que tu montrais aux autres était peut-être le reflet d’un échec dans cette ascension vers la liberté.
Tu n’as pu accomplir ce que tu avais commencé: dans ta vie sentimentale ou sans doute dans ta vie d’homme libre.
Toni et toi m’ont fait comprendre qu’on peut voyager toute une vie, avoir une famille et même un certain équilibre mais continuer, malgré cela, à courir après quelque chose.

Ce matin en préparant mon dernier petit déjeuner, tu m’as interrompu d’une voix sèche pour me dire que tu m’avais préparé à manger.
J’étais surpris.
Des pancakes et du miel m’attendaient à la place que j’occupais tous les matins et tous les soirs.
Même si tes crêpes goutaient le foin j’étais content de voir que tu te sentais bien en ma compagnie…
Je t’ai laissé un petit mot sur ton frigo « Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. Merci Dale. », abandonné un CD de musique tibétaine et quelques souvenirs de Mongolie sur ta table.
J’espère que tu aimeras et que ça te permettra d’un peu voyager avec moi, mon ami.

Dale,
Je peux comprendre comme ça doit être dur de rester au même endroit et de voir défiler des voyageurs de tout horizon qui ne font que passer.
J’ai apprécié chaque seconde de cette dernière soirée où tu t’es lâché avec moi.
J’ai ri à en pleurer et te voir imiter Bruce Lee avec ton dos qui ne tient plus droit, c’était tout simplement grandiose!
Je ne te remercierai jamais assez pour ces quelques jours pleins d’émotion passés avec Victor et moi.

T’es un gars génial!

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