Bavgain hundii (La vallée des ours)

25 mars 2013

À cette étape de mon existence j’étais content d’avoir mis beaucoup d’ordre dans ma vie et je me sentais comme un enfant qui découvre qu’il n’est pas utile d’avoir des ailes pour contempler la terre depuis les nuages.
Bien que j’avançais assez vite, je sentais quand même que mon esprit était encore à l’étroit et qu’il ne désirait qu’une chose : continuer à croître.
Pour y arriver il me fallait l’appui d’une force que je connaissais encore fort peu.
Après avoir franchi cette porte du retour sur soi, cette source intarissable de confiance que je suis chaque jour un peu plus, j’ai eu besoin de briser les dernières résistances qui me bloquaient encore dans l’ancien monde.

Reshin Bari (Oiseau Mystique du Soleil) est arrivé à ce moment-là. À travers une médecine dont j’ignorais tout, il m’a fait rentrer en contact avec ces fabuleuses énergies provenant de la maison-monde: l’Amazonie.
Cette médecine, lourde et invasive pour nous qui vivons souvent trop éloignés des réalités essentielles de la vie, m’a fait faire le tour de l’univers en un week-end sans me laisser le temps de boucler ma ceinture.
Une vague scélérate a balayé toutes mes incertitudes et m’a apporté d’innombrables réponses à travers une pluie d’étoiles laissées dans le sciage de Yacumama (Mère de l’eau).
Dans ce lieu mystique où les tortues de mer se rassemblent pour pondre, j’ai rencontré la princesse des bélugas qui m’a ouvert le passage jusqu’au royaume d’A’akuluujjusi (grand-Mère créatrice du peuple inuit).
À cet endroit, l’odeur d’un champ de tabac m’a enivré les sens avec autant de volupté que la chevelure d’Aphrodite qui à la nuit tombante dévoile la présence de Bahloo (déesse de la lune du peuple aborigène).
J’ai disparu dans une vision claire de ce que devait être ma vie pour revenir avec tout ce dont j’avais besoin pour continuer à avancer.
Cette médecine m’a rappelé qu’on pouvait échapper à la mort : c’est-à-dire, le plus souvent, à une idée qu’on se fait de soi-même.
Cette même mort que notre société nous apprend avec beaucoup de virulence à craindre. Cette mort qui finit par nous angoisser tout au long de notre existence, souvent à un tel point qu’elle nous emprisonne dans une réalité où nous nous sentons constamment menacé, en danger.

Avais-je perdu la tête ? Je l’ai pensé pendant quelques jours interminables avant de me rappeler que la folie est un mot que seuls les hommes utilisent pour désigner quelque chose qui les dépasse et qu’ils refusent de considérer avec le cœur.
Dès lors, mes yeux se sont un peu plus fermés sur le monde physique et j’ai commencé à progresser de plus en plus en profondeur, laissant derrière moi l’étouffant fardeau que notre société nous impose.
Au fil des mois qui ont suivi, cette médecine qui continuait à agir en moi, m’a doucement aidé à affirmer l’intégralité de ma personnalité pour pouvoir ainsi encore mieux jouir de ce doux mot que l’on appelle « le bonheur ».

Je me suis longtemps interrogé sur la voie éreintante des chamanes, ces guerriers qui donnent l’impression de ne pas réellement pouvoir baisser les armes et qui doivent constamment être prêts à affronter (dans l’ombre) l’obscurité sous toutes ses formes : pour eux et pour nous tous. Pour l’équilibre du cosmos, si cela parle à certains d’entre nous.
En quoi les chamanes sont-ils si importants pour ces nations aussi vieilles que le monde?
Quel équilibre apportent-ils à ces peuples qui me semblent déjà tellement en accord avec l’Univers ?
Par cette voie extraordinaire, je me suis longtemps dit qu’il y’a encore pas mal de choses à découvrir, que ce monde ne cessera jamais de me surprendre et que l’on vit dans un fabuleux laboratoire où tout le monde à quelque chose à apporter.

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