Oskemen

« Je m’étais convaincu depuis bien des mois que le manque de relations intimes, l’absence de tout véritable lien personnel m’importaient peu. Mais le plaisir que m’avait donné la compagnie de cette femme, la note claire de son rire, sa façon innocente de poser sa main sur mon bras me faisait sentir combien je m’étais trompé sur moi-même et me laissait avec un douloureux sentiment de vide. »

Jon Krakauer.

Novembre 2011.

La ville d’Oskemen est chaleureuse.
C’est la première ville depuis mon départ avec laquelle j’ai eu beaucoup d’affinité.
Ils ne doivent à mon avis pas voir énormément de voyageurs, ce qui les rend extrêmement curieux.
Une école américaine implantée dans le centre ville facilite le dialogue avec la plupart des jeunes.
Le coût de la vie ici est moins élevé que dans la capitale et dans la ville d’Almaty, mais on y mange aussi beaucoup moins bien que dans les cités d’Astana.

Aujourd’hui j’ai été réserver ma place de bus pour la Chine et passer une journée exquise avec une femme belle comme jamais.
C’est la troisième fois depuis mon arrivée au Kazakhstan qu’on me demande en mariage.
-Tu n’es pas marié, je ne le suis pas non plus. On s’entend bien, épouse-moi.
J’aurais voulu lui dire : « Si c’était aussi simple je le ferais sans hésiter cocote. »
Puis je me suis rendu compte que ce genre de discours là ne sonne bien que par chez nous.
Là où la plupart des gens rendent tout plus difficile et plus compliqué… Y compris moi.
J’ai pensé lui murmurer que j’aurais aimé mieux la connaître, qu’on aurait eu quatre enfants tous aussi beau qu’elle.
Mais finalement un sourire fut ma seule réponse.

Elle se voulait simple et élégante à la fois.
Des yeux verts avec quelques pépites oranges accentuaient son emprise sur moi.
Un léger dégradé gris adoucissait son regard, m’achevant plus vite que n’importe quelle arme.
A notre arrivée dans ce petit restaurant local elle retira sa veste qui laissait découvrir ses courbes enivrantes.
Le ventre légèrement nu dévoilait la tendresse de sa peau et une silhouette aussi parfaite que fine donnait juste envie de prendre soin d’elle.

On discuta longuement le temps que les impressions que j’avais lancées chez le photographe du coin soit prêtes et que je puisse les donner à toutes les personnes du marché qui m’avaient chaleureusement accueilli et guidé pour trouver ce que je pouvais acheter pour surmonter l’hiver mongole.
Après une grosse demi-heure de fouille à travers le marché local, je tombe sur des moufles fourrées en laine de mouton.
Super, il ne me restait plus que les mains à mettre au chaud.
En essayant de marchander le prix avec la commerçante, on se confrontait tout deux à la barrière linguistique qui nous faisait plus rire qu’autre chose.
Elle était dure en affaires mais la qualité des gants méritait bien le prix qu’elle voulait m’imposer, voir plus.
-Allez fait un effort! Tiens, je t’en donne 500 tenges! (Teng(é) : monnaie Kazakh)
-Niet ! (non!)
Plutôt que de m’aider, Zarina nous regarde amusée.
Elle passe lentement son bras par dessous le mien, accompagnant son geste d’un sourire timide et fier.
Le même sourire que l’on a quand on est amoureux et que c’est le premier rendez-vous: celui où tout est possible.
Je n’avais pas éteint mon Ipod et l’on pouvait entendre « Can u handle it » de Usher donner son dernier souffle dans mes écouteurs posés autour de mon coup.
Mon coeur n’en a eu que pour elle le temps d’un instant qui se voulait infini.
Je n’étais jamais tombé sur une jeune femme asiatique tactile en dehors des Philippins.
J’étais un peu désarçonné et je crois que j’avais besoin d’un moment de complicité avec quelqu’un.
Je n’ai donc pas interrompu ce doux moment qui me rassurait, me permettant de refaire le plein d’énergie.

Il fait froid brrrrrr, trouver un hébergement sympathique et pas trop coûteux est difficile.
Néanmoins pour un peu moins de 20 dollars j’avais réussi à trouver un service vraiment extra.
Avec douche dans ma chambre, petit-déj’ compris dans le prix.
Le temps que je prenne ma clé et que je fasse une grimace que la réceptionniste me renvoya accompagné d’un sourire, j’étais déjà sous le charme de Zarina. Je la regardais avec passion.
Elle avait le bras aussi doux que de la peau de pêche.
Elle tapotait sur son cellulaire avant de se rendre compte que je la regardais et que la réceptionniste s’interrogeait sur notre immobilité.
Elle me jeta un regard maladroit qui en disait long sur ses sentiments.
J’aime les yeux, car ils ne mentent jamais et parlent souvent mieux que les mots.
Elle me prit naturellement dans ses bras et à mon tour je l’enlaça aussi bien que je le pouvais en lui promettant de donner des nouvelles de mon voyage dès que possible.
Je me suis retourné pour me diriger vers les escaliers.
Je n’entendis le moindre pas taper contre le sol, ni la double porte d’entrée grincer.
Elle était sûrement restée là, à me regarder m’éloigner, attendant peut-être un éventuel retour.

Il y avait environ trente minutes de marche entre l’hôtel et la gare de bus et mon check-out devait bientôt se faire.
Il fallait que je me dépêche un peu!
Les quais était plongé dans le noir.
Quelques lampadaires les éclairaient difficilement.
Je regarde l’horloge: vingt minutes d’avance.
Ca va me laisser le temps de me renseigner pour savoir où l’attendre.
Le chauffeur me salue en chinois, me débarrasse de mon sac et m’installe sur ma couchette.
Ca y est, je suis en route pour la Chine!

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