Panama city

« Mon voyage est un fil de vie que je tends d’un point d’eau à l’autre »

Sylvain Tesson.

24 Janvier 2014

Lida :
Jour du départ. Je vis un moment difficile.
Dire au revoir à sa famille n’est pas chose facile. Je les quitte le cœur lourd.
Je ne retrouve pas de sourires sur leurs visages.
Et même si j’avais souhaité que ce soit le cas, je les comprends .
Nous arrivons à l’aéroport de Newark. Une vague de nostalgie m’envahit : New-York, tu me manques !

Bya Dunia:
Nous survolons le Panama. Je regarde par le hublot…Le paysage est superbe.
Je lève les yeux vers ciel et laisse l’émotion monter en moi.
Axelle ma douce, peux-tu voir à travers mes yeux ?
J’ai devant moi la plus belle des télévisions. Des étoiles par millier me parlent d’amour.
Peux-tu les entendre ?
Je ferme les yeux et envoie quelques pensées vers l’immensité infinie de l’univers.
Le vol a été très pénible. Nous n’avons presque pas dormi et le passage aux douanes américaines était long.
Devant le bureau de l’immigration des américains âgés aux expressions communicatives nous donnent de la joie au cœur et nous font oublier notre fatigue.
Devant moi, une affiche me rappelle que l’homme est parfois très mauvais.
Une campagne de pub visant à avertir les étrangers laisse passer le message qu’ «officiellement » la pédophilie est punie de prison ; Yo no soy un juqete* dit un enfant accroupi par terre les mains sur le visage. ( Je ne suis pas un jouet*)
Il est 22h30 heure locale. Trop tard pour s’aventurer dehors.
J’invite Lida à dormir sur les bancs de l’aéroport jusqu’au matin.
Nous prenons place et nous endormons sans hésiter.
Le soleil se lève et accompagne notre excitation du nouveau, de l’inconnu.
Nous, comme des enfants découvrant que le monde est d’une richesse jouissive.
Aucun bus ne quitte l’aéroport pour le centre ville, les chauffeurs de taxi nous demandent 20 dollars pour nous y emmener.
« A d’autres » ! Lida refuse sans même réfléchir avant qu’un homme bien sapé vienne nous proposer de partager un taxi avec lui : si on le prend à trois cela nous coûtera 11 dollars, dit-il.
C’est trop cher, lui dit-on en coeur. Surpris, il nous regarde avec un air de : 11 dollars c’est trop cher ? Ils viennent d’où ceux là ?!
Nous commençons notre aventure sous un soleil de plomb et des énergies totalement bonnes.
Le centre ville est à 20 km à pieds. Je ne sais pas si Lida y arrivera dès le premier jour.

Lida :
Le Stop ne fait pas franc succès et monter dans le bus sans carte n’est pas possible, nous dit le policier. Et les cartes ne sont pas vendues sur place. Je déduis donc que c’est un système mis en place pour obliger les touristes à payer le taxi. Mais nous tentons tout de même de le prendre.

Bya Dunia:
Nous grillons nos pensées en plein soleil.
Finalement, Lida attaque de front le chauffeur du bus suivant.
Comment peut-on faire pour voyager sans carte ?
Je reste dehors devant la porte du bus et attends le verdict.
Le chauffeur tourne la tête vers l’arrière et demande aux passagers si quelqu’un veut bien pointer pour nous. Trop forte ! Du Premier coup !
Caesar vient directement à nous. Sans poser de questions, il oblitère pour nous permettre de passer.
Nous le remercions avec enthousiasme.
Lida essaye maladroitement de rembourser nos places au jeune homme qui reste de marbre. Une expression que j’ai souvent vue pendant mes voyages et qui veut dire : « je l’ai fait parce que je pouvais vous aider, rien d’autre. »

Lida :
je me sens un peu mal à l’aise. « Laisse-toi aider, il ne faut pas toujours penser à donner en retour quand tu reçois », -me dit Bya.
J’ai compris dans quel sens il le disait et je me suis dit que c’est certainement un très bon conseil. « Nous enverrons à Ceasar tout plein de bonnes énergie durant la journée »
C’est finalement ça le véritable échange parfois. Donner un sourire, une pensée, une énergie positive à quelqu’un qui nous rend service, sans forcément vouloir agir en retour.
Et plus tard, sur la route, j’aurai la chance et l’occasion d’aider à mon tour quelqu’un d’autre.

Bya Dunia:
Au loin, nous apercevons d’immenses tours transperçant le ciel. Elles nous indiquent le centre-ville.

Lida :
Arrivés au plein cœur de Panama City, nous nous lançons à la recherche de bons fruits locaux.
Affamée, je me précipite vers un marchand de bananes.
Je lui en prends deux et lui tends un billet de 5 dollars.
Il me baragouine quelque chose en espagnol et me fait comprendre qu’il nous les offre.
A mon avis, il ne pouvait pas me rendre la différence. J’ai trouvé cela d’une belle gentillesse.
Nous comprenons assez rapidement que les Panamiens et l’anglais, ça fait deux.
Et quand par miracle, on tombe sur quelqu’un qui se débrouille un peu, il faut faire un effort insurmontable pour détecter son anglais. « C’est peut-être pas plus mal. Cela nous forcera à pratiquer l’espagnol » ! –me dit Bya.
Une langue qui nous est méconnue pour le moment, mais que nous espérons assimiler rapidement !
Mais il s’avère que c’est plus compliqué que ce que je pensais.
Fière de pouvoir formuler une phrase à l’aide de mon petit livret de voyageur « Français-Espagnol », je me rends compte que même en lisant une phrase toute faite et parfaitement construite, on me regarde la plupart du temps avec un regard complètement biais et dépité.
Quel moment de solitude !
Malgré la fatigue qui tend clairement vers un état d’exténuation, la bonne humeur de certains passants nous redonne de l’énergie.
Nous décidons de nous rendre au canal de Panama.
Toute une histoire pour trouver un bus pour nous y amener.

Bya Dunia:
Avant de pouvoir prendre un bus, il nous fallait une carte de voyage.
Les passants tour à tour nous dirigent vers le guichet où les acheter.
El Canal ? Demandais-je hésitant à la caissière.
Elle comprend qu’on ne parle pas espagnol et fait de son maximum pour nous faire comprendre combien de places nous avons sur la carte et où prendre le bus.
Une fois cette dernière achetée et la destination écrite sur un bout de papier, nous filons vers l’arrêt.
Initialement nous avions l’idée de camper sur place. Je ne sais pas pourquoi mais je voyais plus ça comme une cité balnéaire, sable chaud, oiseaux colorés, l’eau turquoise, les cocotiers et tout le bazar.
Ce n’était carrément… pas ça du tout.
Un défilé de bateaux impressionnants laisse sans voix les badauds incrédules.
La situation nous pousse à nous morfondre sur notre sort. La fatigue nous gagne de plus en plus.
Lida ne tient plus droit, je suis aussi exténué. Je n’ai jamais connu de voyage en avion aussi éprouvant.
Nous pouvons filer vers le nord ou retourner à la capitale nous reposer.

Lida :
Dans le bus, nous rencontrons Fernando.
Cet homme superbe d’une quarantaine d’années à la peau très foncée et aux yeux bleu-azur.
Le contraste est époustouflant. Je ne manque pas d’immortaliser ce beau regard en photo.
Nous discutons pendant le trajet. Un moment fort sympathique.

Bya Dunia:
Le bus nous jette au centre ville. Nous marchons en ruminant notre malheur.
Nous passons dans des rues d’une richesse culturelle qui me redonne un peu de peps.
De la musique latine me donne envie de me trémousser, des gens assis dehors sur des chaises cultivent le culte du bonheur pendant que les barbecues crépitent sur les trottoirs.
Les gens savent vivre ici !
Nous recherchons un établissement où loger. Installer la tente dans une capitale est toujours très risqué.
Attiré par de belles intentions, je file malgré moi devant l’échoppe d’un couturier et accoste un groupe de personnes.
Trois gars souriants et une mama à la tête pleine de bigoudis, nous accueille chaleureusement.
Je me renseigne pour un établissement pas cher à proximité.
Plusieurs infos fusent et chacune contredit la précédente.
Ils sont bourrés, cela explique ceci. Nous rions de très bons cœurs et rechargeons ainsi un peu nos batteries.
Je me fais inviter à l’intérieur pendant que la musique du pays m’invite à lancer un pas de samba totalement improvisé devant une femme occupée à coudre.
-Buenos dias!
On essaye de se comprendre au tour de quelques fou-rires extraordinaires, pour enfin être bien orienté vers un motel.

Quelle douce fin de journée…

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