San Blas

« Today is our last day here,
a place full of wonderful memories.
But the greatest thing about memories is that you can carry them with you, wherever you go. »

17-02-2014

Bya Dunia:
De retour à Albrook, le terminal de bus de Panama city.
Le voyage était pénible, 10h de route avec l’air conditionné bloqué sur environ 10 degrés.
Quand on vient de presque 40 degrés, ce n’est pas agréable.
Lida me dit, sans perdre une seconde, qu’il faut trouver la correspondance vers les îles San Blas.
Il est tôt, 5h du matin.
Les employés nous dirigent un à un vers le bon terminal.
Nous arrivons devant un portillon qui donne accès au quai de bus.
Bloqués! Pas moyen d’aller plus loin sans carte.
Nous réfléchissons vite et bien pour trouver une solution.
Un homme s’approche de nous pendant que Lida trouve une idée.
Il nous aide à atteindre le quai en pointant pour nous avec sa carte.
Nous nous installons à bord du bus et attendons le départ.
Les heures filent, de temps en temps nous piquons du nez.
Le chauffeur s’arrête au milieu de nulle part et nous dit que si nous voulons aller aux îles San Blas, il faut descendre ici et prendre une correspondance.
Nous descendons péniblement, posons nos sacs sur le bord de la route et attendons.
-J’ai l’impression qu’on a loupé quelque chose, dit Lida.
Pas une voiture ne s’arrête.
J’ai aussi l’impression qu’il nous manque une pièce du puzzle.
Nous levons le pouce, toujours rien.
Des touristes filent vers le port en nous regardant depuis les vitres teintées des Jeeps qu’ils ont bookées.
Nous nous ré-asseyons et attendons un éventuel bus. Toujours rien…
Un pick-up s‘arrête, nous n’y croyons plus et ne réagissons même pas.
Derrière nous, des panaméens avec qui nous avons échangé quelques chaleureux mots plus tôt nous disent de monter dans la voiture.
-Muchas gracias !!
Nous en avions pas encore conscience mais apparemment c’est très difficile pour arriver jusqu’au port sans avoir réservé une Jeep au préalable.
Nous voilà partis pour une heure de montagne russe gratuite à travers les montagnes.

Lida :
Une heure de route avec la musique latino à fond les marrons !
De quoi bien nous réveiller après une nuit d’insomnie suite au pire voyage en bus que j’ai connu !
J’ai les yeux qui tombent de fatigue mais en les fermant pour quelques secondes, j’imagine la beauté qui nous attend et cela me booste au maximum !
Nous arrivons dans un endroit où les touristes s’agitent dans tous les sens autour d’un nombre incalculable de Jeep. C´est le désordre complet !
Nous essayons de trouver nos repères.
Un local nous accoste et nous demande si l’on cherche à partir pour la Colombie.
Nous lui expliquons que je voyage effectivement vers la Colombie par la suite, après quelques jours que nous aimerions passer sur l’archipel San Blas mais que Bya doit revenir sur Panama City.
Nous avons du mal à se comprendre ! Je finis par trouver un touriste français parlant espagnol qui m’aide à communiquer.
Au final, nous quittons le quai et nous nous retrouvons seuls sur une barque à moteur, avec le conducteur.
30 minutes plus tard, nous sommes au paradis.
Quelque part où nos esprits se perdent directement et s’envolent vers une autre dimension.
C’est l’effet carte postale. La perfection trop parfaite.
-Bya, pince-moi ! J’ai l’impression de rêver !
Nous sommes entourés de la mer regroupant toute la palette des nuances du bleu qui puissent exister, le sable d’une douceur et d’une blancheur incroyables, des coquillages géants dessinant les bords des huttes et une sérénité absolue.
A l’horizon, on aperçoit des ilots qui paraissent de la taille de la paume de la main, coiffés de quelques cocotiers.
Nous voilà accueillis par Robinson, le chef de l’île.
Je choisis de dormir dans une hutte tandis que Bya opte pour la tente qu’il installe à quelques centimètres du bord de la mer.
J’aperçois les Kunas à la cuisine, située à deux pas de ma hutte.
Ce peuple est originaire des Mayas. Ils ont su conserver leur système économique, leur langue et leurs coutumes.
Les indiens Kunas vivent dans des huttes de bambou construites directement sur le sol. Elles sont surmontées d’un toit fabriqué en feuilles de palmiers.
Les hommes s’habillent en pantalon et t-shirt classiques tandis que les femmes portent des costumes traditionnels multicolores et des bracelets très vifs sur toute la longueur des bras et des mollets.

Bya Dunia:
Je suis toujours admiratif face à leur instinct inébranlable de conserver leur culture.
Si cela ne tenait qu’à l’homme, beaucoup de peuples n’auraient sans doute plus de racines.
Les femmes sont à mes yeux ce qu’une fleur est pour une abeille : la garantie de survie.
En les voyant ainsi arborer fièrement les couleurs de leurs ancêtres et de leur tribu, j’en suis encore une fois profondément admiratif. Femmes je vous remercie…
C’est surement pour cela qu’elles m’ont toujours révélé la vérité sur moi-même et sur notre monde.
Je me répète souvent une vérité acquise avec le temps pour ne pas oublier qu’il faut vivre en harmonie dans ce monde dévasté par trop d’énergie masculine.
« Il suffirait de mettre un rien d’énergie féminine pour tout équilibrer » – me disait Amandine.
C’est vrai, Il ne tient qu’à nous de le vouloir.

Lida :
Nous arrivons à l’heure du déjeuner.
Nous nous retrouvons tous autour d’une grande table et dégustons l’assiette que les Kunas ont pris soin de préparer pour chacun d’entre nous.
Chiens et chats se prélassent au soleil. Ils ne se rendent pas compte de la vie qu’ils ont !
Pendant que Bya fait connaissance avec les enfants de notre famille d’accueil, je fais un tour de l’ile.
Je suis d’humeur solitaire et ressens l’envie de me retrouver avec moi-même.
Seule, couchée sur un tapis de sable tout doux, je sens l’eau de la mer me chatouiller les pieds.
Le calme est tellement présent que j’arrive à entendre chaque petite note de la mélodie qui s’offre à moi. Mes oreilles savourent la plus belle chanson du monde, celle de la Nature.
Je me sens en osmose avec ce lieu et tous mes sens sont en éveil.
Il n’y a rien de plus plaisant que de vivre le moment où l’orchestre de la Terre te permet de t’écouter et d’entendre et de ressentir le plus profond de ton être.
Mon cœur bat au rythme de la Nature.

Le soir approche et nous faisons connaissance avec nos voisins, venus de tous coins du monde.
Nous existons ensemble dans le monde que nous avons créé en quelques instants sur ce petit bout de terre. Un monde qui nous appartient le temps de quelques jours.
Le lendemain, je loupe le rassemblement du petit-déjeuner car il est servi vers 6 heures du matin.
A mon réveil, une assiette m’attend avec le bon pain maison refroidi mais savoureux quand même.
Bya court acheter une pastèque et nous nous jetons sur celle-ci !
Depuis le début de notre voyage, c’est devenu un rituel : nous en mangeons dès que l’occasion s’y présente !
Au soir, nous vivons un merveilleux moment avec toutes les jolies personnes qui partagent cette aventure à nos côtes.

Bya Dunia:
Nous passons ensemble notre dernière soirée dans ce monde parallèle.
Sur la plage, nous improvisons un feu de joie pour peut-être remercier l’Univers de nous avoir rassemblés et guidés jusqu’ici.
Nous parlons de notre maison : notre île. Car il nous semble avoir toujours vécu ici.
Les braises crépitent, les flammes se dandinent en nous charmant.
Nous sommes envoutés… Le spectacle des flammes qui dansent est ce qui se rapproche le plus de la sensualité d’une femme en mouvement.
Je suis ému. Comment peut-on trouver la force de quitter cet endroit?
La soirée est ponctuée de rires et d’échanges magiques.
Les branches sèches des cocotiers brûlent trop vite et nous obligent à alimenter le feu régulièrement.
Je regarde Lida, mon coeur ce réchauffe.
Elle est souriante, les yeux pétillants et grand ouverts.
Je ne l’ai jamais vue aussi heureuse.
A travers elle, ma joie s’amplifie. Nous sommes dorénavant frère et sœur.

Le feu s’étouffe et avec l’énergie du désespoir, nous finissons par y jeter tout ce qui nous tombe sous la main pourvu qu’il ne s’éteigne pas.
Les rires courent sur la mer, la voix douce des femmes qui veille sur nous me réchauffe encore plus le cœur et me permet d’être encore plus en communion avec la nature.
Nous discutons, faisons des photos quand soudain, un événement totalement époustouflant survient.
La lune nous parle…
Tomás est le premier à l’entendre, je n’y ai pas directement porté attention, peut-être parce que je sens qu’elle me parle quotidiennement.
Un silence parvient, nous nous taisons tous sans exception et nous levons les yeux vers elle.
Elle est pleine ce soir, Il est 21h, il fait nuit noire, la mer s’est calmée et nous commençons à entendre sa voix, elle nous fredonne quelques chants ancestraux.
Ces mêmes chants qu’elle a dû chanter à tellement d’enfants avant nous.
Les étoiles sont moins nombreuses ce soir mais scintillent bien plus que par chez nous.
Elles nous racontent toutes une histoire différente, celle qu’elles ont transmise à nos mères et qui nous ont accompagnés quand nous étions touts petits dans notre lit au bord du sommeil.
Je me perds à penser à une citation de George Gordon Byron qui disait que le coeur d’une femme est une partie des cieux.

J’entends Tomás derrière moi qui dit tout bas :
-C’est une nuit parfaite…
Je m’assieds à ses côtés et lui réponds:
-Oui, une nuit parfaite.

Lida :
Ce matin, je me lève le cœur lourd. Ce matin-là est différent des autres.
Nous allons quitter San Blas et notre aventure à deux prendra fin.
En buvant mon café, je commence vraiment à réaliser qu’aujourd’hui, Bya et moi prendrons des chemins différents.
J’essaye de chasser ces pensées mais elles reviennent au galop.
Je suis terriblement triste. Je me rends compte à quel point je me suis habituée à la présence de Bya. Il m’a énormément appris durant ce mois de voyage.
L’intensité du vécu sur la route a une drôle de dimension, les jours paraissent comme des semaines et les semaines comme des mois.
J’ai l’impression que notre aventure a débuté depuis des lustres…
Bya finalise son sac et je l’observe au loin.
Wan, le coréen, immortalise en photo un petit chien que je tiens dans mes bras et qui me fait des bisous dans le cou. Il a un regard mélancolique qui me renvoie à mon propre état.
Nous prenons le bateau pour quitter l’ile.
Arrives au point de chute, Bya doit filer dans la Jeep qui l’attend direction Panama City.
Je reste au port pour partir pour la Colombie.
Je retiens mes larmes.
Je fais les cent pas et m’isole un court instant.
Tout à coup, j’entends Bya qui m’appelle.
Je me dirige vers lui et aperçois son regard profond qui me parle à lui seul.
Je n’arrive pas à faire le premier pas. Je suis tétanisée.
Il me tend ses bras et je fais de même.
Pendant qu’il me dit des paroles réconfortantes et remplies de sincérité, je suis envahie par tellement d’émotions que je me retrouve muette.
Mes larmes prennent le dessus.
C’est ici que nos routes se séparent.

Bya, Axel. J’aimerais t’écrire ce que je n’ai pas su te dire.
Merci. Merci d’avoir été un compagnon de route en or.
Celui qui m’a soutenue pendant mes moments de faiblesse et celui qui a partagé avec moi les moments de joie exceptionnelle.
Nous avons écrit une histoire. Elle contient des souvenirs d’une valeur inestimable dont nous seuls connaissons la grandeur.
Aucune photographie ne pourra vraiment relater ce que nos yeux et nos cœurs ont vu et ont ressenti.
Oui, tu es devenu pour moi le grand frère que je n’ai jamais eu.

En partant, tu as dit une si belle phrase de Disney :

« chaque fin est un nouveau départ »

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