Santa Catalina

« Mes compagnons se préparent à dormir.
Mes amis. Je ne connais plus d’étrangers.
Ma maison, désormais, c’est là où j’allonge ma carcasse, ce sable encore chaud en l’occurrence.
La terre entière est devenue mon pays et tous les hommes mes compatriotes.»

André Brugiroux.

4 Janvier 2014

Lida :
Après plusieurs jours de longs trajets en bus, en passant par Las Tablas et une journée passée à la plage de Venao, nous voilà arrivés à Santa Catalina.
La magie de ce lieu nous accapare directement !
Nous avons hâte de découvrir ce que nous réserve cet endroit qui a tout d’un petit monde à part.
Du bord de la plage, nous pouvons apercevoir de petites îles à l’horizon.
Le bruit des couverts raisonnant depuis les petits restos de la ruelle principale, les éclats de rires des passants, quelques touristes croisés de temps à autre, les pêcheurs rangeant leurs filets, la musique résonnant depuis les habitations et les petits hôtels charmants créent une déco d’une parfaite harmonie.
Notre tente face à la digue, des palmiers géants, une jolie terrasse et les chambres qui délimitent le complexe : bienvenus à Las Palmeras !

Bya Dunia:
Nous discutons de plusieurs plans avant de croiser Kévin et Julia.
Nous nous lions directement d’amitié avec Kévin qui déborde d’énergie.
« Il y a un couple venu d’Argentine qui loge ici aussi, ils sont géniaux, vous les verrez surement plus tard » -me dit-il.
Julia, plus discrète, se rend directement jusqu’à son bungalow.
Nous hochons la tête pendant que Kévin retourne près de sa dulcinée.
Je retire mes chaussures et mets un pantalon plus léger.
Dans les rues, des vendeurs ambulants aux volants de leur 4×4 roulent à pas d’éléphant.
Derrière l’habitacle, le coffre est chargé de fruits frais et juteux.
L’écho de leur voix résonne dans ce petit hameau plaisant :
-Tomates, cebollas, sandía, papaya!
Julia nous accompagne et s’avère encore plus énergique que Kévin.
Petite femme frêle à la voix de Schtroumpfette et au sourire généreux.
J’apprécie déjà leur façon d’être.
Voilà nos vies enrichies de deux nouveaux amis.
Notre famille s’agrandit de jour en jour…

Lida :
J’apprécie la compagnie de ce jeune couple, cela fait du bien de faire de nouvelles rencontres après un bout de temps passé d’un bus à l’autre.
Aller, une petite folie pour ce début de soirée ! On s’offre un petit resto près de la mer.
Nous rejoignons ensuite notre point d’hébergement où un rassemblement de fou-rires s’entend déjà de loin.
Parmi tous les français réunis autour de la table, deux argentins attirent particulièrement mon attention. Manuel se démarque par son attitude posée.
Il parle aussi français et a cette façon typique d’un espagnol qui s’exprime en notre langue.
Du coup, il me rappelle fortement Erick, le petit copain de mon amie Natty.
Bérénice a cette petite lueur en elle, ce petit côté mystérieux et très aimable.
Ensemble, ils forment un très joli couple.
La douceur de la nuit accompagne nos premiers échanges.
Jean-Philippe, un homme d’une quarantaine d’années est la mascotte de la soirée.
Son état laisse deviner les nombreuses bières qu’il a pues déguster bien avant notre arrivée.
Son humour très « français » ne passe pas inaperçu et nous fait parfois bien rire et parfois un peu moins.
Après une dizaine de jours passés avec un dico à la main, vagabondant les villes de Panama en essayant d’aligner quelques mots en espagnol, cela fait juste du bien de pouvoir s’exprimer librement et se sentir compris de tous.

Bya Dunia:
Au petit matin je me lève et file devant la plage pour faire une petite méditation pendant que le soleil se lève.
Bérénice est déjà levée. Nous nous embrassons chaleureusement.
Douce vibration, ses lumières sont d’une tendresse infinie…
Petite demi-heure de méditation et de musique avant de manger. Rien de tel pour bien commencer une journée !
La matinée commence bien. Nous sommes gonflés à bloc.
Lida est rayonnante et nous baignons tous dans une joie commune.
Bérénice me donne son mate (tasse) et me fait gouter son yerba (thé), spécialement ramené d’Argentine.
Manuel, son compagnon, nous dit, sourire aux lèvres : « elle ne boit que du thé Argentin »
Sans aucun apriori, nous buvons tous les uns après les autres à la même bonbilla (paille).
Délicieux moment de partage.
Pendant que Lida discute avec la petite troupe, je sonde l’aura de Bérénice et sors mon dictaphone sentant qu’elle ait une envie de chanter.
Elle s’empare de mon tambour et nous improvise quelques petites chansons de son enfance.
La journée se poursuit et nous sommes irradiés d’un bien-être tellement exquis que je demande à Lida de rester dans cette ville un jour de plus.

Lida :
Sans que Bya s’en doute vraiment, l’envie d’y rester un jour de plus me traversait également l’esprit.
Nous étions simplement bien alors pourquoi ne pas prolonger un peu ce pur moment !
En après-midi, nous rejoignons les deux couples à la plage.
Le soleil ne pardonne pas, nous nous réfugions à l’ombre des jolis palmiers qui longent la côte.
Les hommes partent chercher à manger dans le resto du coin.
Je reste papoter avec les filles.
Julia, qui se débrouille très bien en espagnol, sert de traductrice pour que je puisse communiquer avec Bérénice.
Elle me parle de l’Argentine, ce pays me fait rêver, le tango m’appelle !
Par la suite, Bya et moi faisons un tour dans le village.
Je croise une petite bande d’enfants qui s’amusent à descendre la pente près de leurs maisons, à l’aide de cartons usés.
Je n’hésite pas à immortaliser ces quelques moments remplis d’innocence.
En se retrouvant face à l’appareil photo, ils n’hésitent pas à se bousculer pour grimacer devant l’objectif.
Quelques minutes passées à leurs côtés m’ont rappelé à quel point il suffit de peu pour être heureux.
Dans la poussière, visages salis dans la boue, ils respirent le bonheur, avec le peu qu’ils possèdent.
En fin de journée, l’ambiance est des plus agréables.
Réunis à notre petit domaine, nous parlons de tout et de rien.
Nous savons que demain matin chacun d’entre nous prendra des routes différentes et nous ne reverrons peut-être plus jamais, mais qu’il est bon de rencontrer des personnes venues d’ici et d’ailleurs, avec leur propre histoire.
En se quittant, nous aurons pour souvenir notre petite histoire commune, celle que nous avons créée ici, à Santa Catalina.

Bya Dunia:
Nous tombons tous de fatigue.
Chacun regagne à son rythme son bungalow.
Julia et Bérénice filent dans leurs chambres.
Je rentre dans la chambre de Bérénice et lui met autour du coup le dernier collier que j’ai fait.
« C’est pour vous protéger » -lui dis-je.
Elle me prend dans ses bras et me remercie.
Je rejoins Lida sur le pas de la porte et nous croisons Manuel.
« J’ai donné un collier à ta femme pour vous porter chance et vous protéger ».
Nous resterons ainsi en contact au-delà de la distance et du temps.
Je lui explique ensuite pourquoi je l’ai donné à Bérénice plutôt qu’à lui, en lui confiant que la femme est une Lionne, une protectrice de nature.
A travers tous mes voyages, j’ai finalement compris qu’elle symbolise la pureté et la protection par excellence.
Aucun mur, aucun bouclier n’est aussi efficace que l’amour d’une femme pour sa communauté.
Nous nous prenons dans les bras et nous saluons gaiment.
Demain la vie reprendra son court.

© Photo de Lida Ioffé

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