Sur la terre des chamanes

« L’animisme » est un mode ontologique original, c’est-à-dire une manière particulière de situer l’humain, l’individu, l’être, dans l’univers et d’en poser la raison d’être.
Dans l’animisme, tous les êtres sont égaux, il n’y a pas de hiérarchie entre les espèces.
Ainsi, les êtres humains partagent leur qualité d’individus pensants et agissants avec la plupart des animaux, mais aussi parfois avec les plantes, ou la forêt, ou un phénomène naturel comme le vent.
Les intériorités sont équivalentes, bien que présentées sous des enveloppes différentes.
Les amérindiens partagent également la conception qu’il existe plusieurs univers, des mondes spatio-temporels concomitants : celui des vivants, celui des esprits, celui des morts, etc.
Dans la conception animiste du monde, d’un monde pluriel, les être pensants et « sentant » de la forêt forment un écosystème dans et avec la forêt, un ensemble dont l’écologie continue de fasciner les chercheurs.
(…)
Dans ce contexte, il n’y a pas d’opposition entre « nature » et « culture ».
Certain animaux ou personnes y possèdent des qualités supérieures qui leur permettent de dialoguer avec tous les êtres et d’arbitrer les relations entre eux.
L’une de ces personnes est le chamane, un personnage particulier, socialement reconnu dans les cultures amazoniennes.
« Le chamanisme » peut être simplement décrit comme la capacité de certains individus, volontairement s’ils sont chamanes, involontairement le plus souvent s’ils ne le sont pas, à « passer » les frontières d’un monde à un autre dans des circonstances particulières. »

Boris Wastiau.

27 septembre 2017

Pour prépare mon retour en Mongolie, je m’isole un peu plus qu’hier et un peu moins que demain.
Laissant au temps le pouvoir de me permettre de prendre assez de recul pour aborder « l’avant voyage » aussi clairement que possible.
Sentir les choses comme je pense qu’elles devraient être ressenties.
On ne choisit pas toujours les sujets qu’on veut aborder m’avait dit un ami, « le plus souvent c’est le sujet qui nous choisi ».

Retourner dans un pays que l’on a déjà visité est plus compliqué qu’il y paraît pour celui qui s’attèle à découvrir le monde avec beaucoup plus de discernement et de profondeur.
Pour un marcheur, rien n’est plus ennuyeux et frustrant que de revenir sur ses pas où sur un chemin déjà emprunté.
Aussi faut-il peut-être à chaque fois changer de point de vue, pour nous permettre de voir ce qu’on n’avait pas vu lors du précédent voyage.
Regarder là où nous n’avions pas encore porté le regard : dans les recoins les plus isolés de l’Univers.

Je ferme les yeux et écoute attentivement les innombrables échos des histoires entendues lors de mon dernier hiver passé en Mongolie qui me reviennent en boucle.
Ces voix, ces récits me mèneront prochainement vers l’ouest du pays, à la rencontre d’un chamane isolé dans l’Altaï, qui, lors d’une puissante transe, a sollicité l’assistance de deux loups pour l’aider à soulager une personne en détresse.
L’esprit combiné de ces canidés lui ont ouvert les portes de l’au-delà et mené jusqu’à l’embrasure des Chutes des Mondes, là où le commun des mortels ne peut s’aventurer sans assistance ‘spirituel’ au risque de se perdre, d’errer sans fin dans différents mondes ou de revenir avec la folie comme seul compagnon.
Tout le monde ne peut pas prétendre être un chamane bien que nous pouvons tous avoir de temps à autre des visions limpides et éclairées du cosmos.
Aux Chutes des Mondes, se rencontrent plusieurs affluents qui convergent vers la connaissance Ultime.
Cette même connaissance que les hommes convoitent depuis une éternité avec acharnement et dont la quête a mené au déclin les civilisations Egyptiens, Incas et Grecques ; la soif d’immortalité.
C’est là que l’esprit du chamane sous la forme d’un animal vient s’abreuver en toute quiétude et trouve les réponses aux questions que la plupart d’entre nous viennent lui poser : Qui sommes-nous ? Quel est le but de notre existence ?

C’est après cette transe, m’a-t-on dit, que ces loups se sont liés au chamane et sont venus lui prêter allégeance et ne l’ont plus jamais quittés.
Je dois dire que je suis impatient en me remémorant ces histoires. Tellement impatient que mes senses sont au diapason.
Je peux sentir mes mains se perdre sur la fourrure de ces animaux que j’estime au plus haut point pour la force spirituelle incroyable qu’ils procurent aux hommes.
Mes yeux, comme une vision, entrevoient la yourte de cet homme dissimulé sous la brume céleste qui le cache du reste du monde et mes oreilles perçoivent le cliquètement particulier des amulettes attachées sur sa robe de cérémonie.
Toutes ces mélodies, ces émotions, résonnent en moi comme un mantra murmuré à travers le cosmos …

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