Tenghère tselmek bain (le ciel est clair)

Dans l’amour le plus profond qui soit, je suis emporté dans les méandres de l’univers à travers la présence du chamane.
Il me mène dans les plus petits recoins balisés de son esprit pour me dévoiler où se trouvent les frontières entre ce que je perçois et l’infini.
Ici, mon esprit se trouve privé des entraves du quotidien et s’exalte de la liberté qui lui est accordée de pouvoir pleinement exister.
Dans ce monde régi par ečeg tenger (le Ciel-Père) je me sens en permanence capable d’accomplir l’impossible.
Je suis comme l’Architecte qui conçoit chaque facette de son propre chalet.
Je suis un grain de sable mais aussi une main tendue qui relie les étoiles au firmament.
La nature pour guide, les hommes et les animaux comme compagnon… Que puis-je souhaiter de plus ?

Des brindilles se cassent au passage des rennes, mon visage se tourne aussitôt vers Ghambat et son époustouflant compagnon
qui m’apparaît comme le destrier de Guésar de Ling.
Ce matin, nous déplaçons les bêtes de quelques dizaines de mètres pour qu’elles aient du lichen frais à manger.
Pendant le trajet, mes pensées sont aussi pures que l’aura de ces animaux, aussi douces que les caresses de ma compagne au matin levant.
Mon oreille posé contre le flanc d’un renne je laisse ma respiration se mêler à la sienne et remercie encore une fois l’univers de m’avoir forcé à changer de point de vue il y a 10 ans.
Je me redresse et crie d’une voix forte : böö ( chamane) ! Mach ikh bayarla (merci beaucoup) !
Ghambat m’envoie un sourire et répond : Tsa tsa ! (Si je pouvais qualifier ce terme je dirais qu’il représente positivement notre ‘ouais‘ en français,
une espèce de ‘il n’y a pas de quoi‘ mais avec un peu de ‘pourquoi tu me remercie‘ et de ‘je m’en fou‘).
Il est normal pour ces peuples du bout du monde, tout comme pour beaucoup d’entre nous, d’aider son prochain sans en espérer un retour. La cohésion et l’harmonie sont essentiels à notre bien-être.
En définitive, il n’existe pas de mauvaise manière de vivre mais seulement des manières différentes d’interpréter le sens de la vie.
Victor Hugo disait : « Vous voyez l’ombre et moi je contemple les astres. Chacun a sa manière de regarder la nuit ».
Nous pouvons nous laisser porter par la bienveillance que les autres nous inspirent ou refuser d’accepter leur différence. Chacun fait son choix ;
chacun peut trouver le bonheur et peu importe par où nous regardons, la fleur finit toujours par accueillir les rayonnements du soleil.

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