vers Astana

«Dans cette nature qui m’apparaît en délire, je suis envahi par une très forte sensation de bien-être.
Je me sens, plus que jamais, bien dans ma peau.
J’éprouve les impressions toutes particulières des pilotes sûrs de leur machine.
Je suis installé fermement aux commandes de mon personnage et « ça » tourne rond.
Je vis à l’unisson de la terre.
En la découvrant, j’avance au cœur de moi-même, cette aventure intérieure me plaît et me donne envie d’aller plus loin et plus profond »

André Brugiroux.

Novembre 2011.

Il a fait froid la nuit précédente, j’ai trop mal dormi.
Je me lève péniblement, prend une bonne douche en profondeur en prévoyance des prochains jours qui n’apporteront peut-être pas ce même confort.
Par habitude j’ai finalement compris que les trains partent généralement après 10h du matin, l’horloge tourne, je suis à la bourre!
Il faut encore que je trouve un transport et lui faire comprendre où je veux aller.
Au Kazakhstan on fait beaucoup de covoiturage.
Il suffit de lever le pouce pour qu’un homme revenant du travail s’arrête et vous propose moyennant un peu d’argent de vous déposer à votre destination.
Une voiture s’arrête, le conducteur baisse la fenêtre et me demande dans quelle direction je vais.
On ne se comprend pas, je mime un train en marche avec des bruitages dignes d’un film de science-fiction ; tchuku tchuku tchuku, tchou tchou!
-Vakzal?!
Il m’a compris, ça y’est!
Je sais maintenant comment dire train, génial !
La voiture est pleine, faudra se serrer.

Depuis mon dernier voyage, j’ai pris le reflex de toujours demander le prix de la course avant et de la négocier, pour éviter toutes ambiguïtés et diverses prises de tête sur un tarif qui pouvait devenir exorbitant à l’arrivée.
Ouf le train part à 12h30, le temps de prendre un ticket, d’acheter quelques saucissons, du pain et des oeufs durs à une commerçante qui a étalé sont comptoir à même le sol.
230 tenge ( 147 tenge c’est plus au moins 1 dollars ) me fit-elle comprendre.
J’essaie de négocier et j’arrive difficilement à descendre le prix à 200 tenge.
J’ai de quoi bouffer pour le trajet qui s’annonce long.
Dans le train le décor ne change pas, jusqu’à l’horizon des steppes et toujours des steppes.
Mais aussi… des steppes.
Quelques arbres tiennent le coup dans un climat qui n’a pas l’air de leur être favorable.
Quelle vie paisible et agréable ont ces gens.
Tout le monde a son utilité, chacun fourni ce que l’autre ne cultive pas.
Ainsi peuvent-ils vivre en parfaite autarcie loin de toute attache matérielle.
J’ai hâte d’atteindre la Mongolie !

Je suis assis à coté de deux femmes qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau.
J’en ai intuitivement déduit qu’elles étaient soeurs.
Nous sommes dans un train exclusivement composé de wagons lits appelés platzkarte en Russie.
Je m’en vais vers la tête du wagon où un samovar d’eau chaude alimenté par du charbon fournit de l’eau bouillante que je partage avec mes deux nouvelles amies.
Les regards se perdent dans la beauté de l’immensité.
Je suis heureux…
Les sachets de thé s’infusent dans les tasses déposées sur la table pendant que chacun commence à faire son lit.
Elles m’invitent spontanément à manger avec elles.
Je propose naturellement de mettre un peu de mon repas pour participer, mais elles refusent catégoriquement.
J’ai voulu leur proposer un peu d’argent, mais je sais que pour beaucoup de gens pauvres, c’est une offense de recevoir de l’argent quand on vous invite à manger.
Et pour moi qui ai été éduqué dans un système où souvent on ne donne pas sans raison, ce n’est pas toujours facile.
J’accepte leur invitation de bon cœur et les sers une à une dans mes bras.
Sur la table: saucissons, patates cuites, pains, oeufs dur, et une friandise qui à le goût d’un mélange de biscuits au beurre anglais mélangé à du chocolat blanc. Ça fond sur la langue, un vrai régal!

Les Kazakhs sont toujours autant chaleureux avec moi et la curiosité typique des asiatiques que j’avais croisés dans mon voyage précédent est présente ici aussi, certains le sont tellement que ça finit par devenir de la méfiance je crois.
Il faut le temps de gratter la surface pour pouvoir briser la glace.
Je quitte Ulrask, une petite ville à l’ouest du pays pour aller vers la capitale, Astana.

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