Vers la taïga

« Et quelle importance à mes yeux si je me transformais en un arbre vivant,
donnant des feuilles, des fleurs, et portant des fruits?
Je suis reconnaissant pour ce que je suis et pour ce que j’ai.
Mon action de grâce est perpétuelle.
Je ne cesse d’être surpris en constatant à quel point on peut se satisfaire de petits riens – la simple sensation d’exister.
Je suis prêt à essayer ça pour les 1000 prochaines années, et à aller au bout de cette expérience.
Comme il est doux de songer à cela!»

Henry David Thoreau.

7 novembre 2017

Les paysages sont à couper le souffle. Nous roulons sur des terres désertes. Des valons chatoyants soulèvent sur leur sommet des forêts de conifères comme un crabe portant des algues sur son dos pour se dissimuler des prédateurs.
Sur 200 km nous traversons deux parc nationaux à tomber par terre.
À l’entrée des parcs, des stèles chamaniques, appelées ici arbres chamaniques, préviennent que ces endroits sont sacrés et ont été bénis par des chamanes puissants : il est donc prohibé d’y couper des arbres ou d’y chasser.
Nous roulons à vive allure vers Tsagaan Nuur.

Sur le chemin, nous nous embourbons et tombons en panne très régulièrement.
Quand tout avait l’air de bien tourner, un veau bien gras surgit de nulle part et nous bloque l’accès refusant de bouger.
Elle me salue : meuh!
Avec toute la courtoisie qui s’impose je lui réponds: meuuuuuh!(Ce qui veut dire : salut copine, bouge tes fesses de là on est pressé !)
Nous essayons de la faire partir du pont mais rien à faire.
Le chauffeur sort alors et commence à la pousser ; sans succès: Elle doit bien peser 200 kg la coquine.
Il insiste et lui fait des prises qui rappelle joyeusement le judo ; rien à faire…
Je les regarde amusé. Le chauffeur ressemble à un entraîneur qui prépare son poulain pour une compétition de lutte mongole.
45 minutes passent avant quel la vache décide de se bouger pour nous permettre de reprendre la route.
Nous croisons les dernières familles nomades qui quittent les campements d’été pour le campement d’hiver et prenons le temps de discuter avec eux autour de quelques biscuits.
2 km avant d’arriver la transmission nous lâche dans le noir complet. Il fait -20 degrés et nous avons fait 14h de route.
Nous essayons tant bien que mal de trouver une solution mais nous sommes bien trop épuisés.
La femme du chauffeur arrive avec hâte nous sortir de là avec sa petite berline et nous amène à la maison.
Elle s’empresse de nous faire un repas bien chaud et nous sert du thé. Douce Mongolie…
Je tombe sur son canapé pendant que deux mécanos se démêlent pour réparer la transmission et je m’effondre de fatigue.

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