Vers Ulrask

« Son camarade de lycée, avait dit d’un air songeur:  » Il n’était pas fait pour ce siècle.
Il recherchait l’aventure et la liberté dans une mesure qui excédait beaucoup celle qu’autorise la société d’aujourd’hui. »
En venant en Alaska, il désirait marcher dans une terre vierge, découvrir un point blanc sur la carte.
Mais en 1992, il n’y avait plus de point blanc sur la cartes, ni en Alaska, ni ailleurs.
Alors avec sa logique particulière, il trouva une solution élégante : il supprima la carte, tout simplement. »

Jon Krakauer

Octobre 2011

Maman me prend dans ses bras et me dit de l’attendre quelques instants, elle m’écrit ensuite son adresse sur un bout de papier et me fait comprendre que je dois repasser dès que possible.
Je laisse échapper quelques larmes de joie sur le pas de sa porte.

Je me mets en marche, espérant trouver une voiture qui ira dans la même direction que moi.
Quatre batteries sont installées dans le coffre de la Lada, au cas où celle qui partage la place du moteur rend l’âme.
(En espérant que les autres ne soient pas nazes.)
Dans tous les cas, ce voyage promet d’être folklorique !
Pendant 3 heures c’est le néant, rien.
Quelques vaches, quelques chevaux, et de temps en temps, une maison ; j’en ai compté…5.
Le soleil tape fort, mais il fait doux. Entre 5 et 10 degrés.
Nous roulons sur une route en gruntovka (terre battue), fraîchement dégagée par les cantonniers.
La municipalité a commencé à relier la ville la plus proche aux villages les plus isolés.
Les heures passent et nous arrivons sur une route goudronnée.
Le chauffeur marque l’arrêt sur le parking d’un resto route et me dit qu’il est temps de manger.
Le décor est triste, des ivrognes s’écroulent sur la chaussée.
D’autres essaient de paraître sobres et l’un d’entre eux s’est endormi à côté de ma portière.
Il est 13 heures, la journée commence bien.

L’odeur de la cantine est agréable, les regards sont curieux.
D’où vient ce jeune garçon qui se promène sans femme ?
(Pendant mes voyages, souvent les autochtones n’arrivent pas à concevoir que je ne suis pas marié).
Est-il perdu ?
Un repas sur le pouce m’annonce que la route est encore longue.
J’engloutis mon plat et sors attendre leur retour accoudé à la voiture.
Je regarde tout autour de moi: les passants, les voitures, la pompe à essence située de l’autre côté de la route, la poussière qui tournoie sur les trottoirs.
Beaucoup d’hommes titubent. Les femmes chargées comme des mulets me sourient.

Nous nous installons dans la voiture, le chauffeur démarre mais le contact ne se fait pas.
Il insiste un peu, toujours rien.
Nos regards se croisent dans un silence absolu, d’abord avec le conducteur puis dans le rétroviseur qui donne sur la banquette arrière ou est installée la passagère.
Un énorme fou rire interrompt le silence.

On essaie une à une les batteries jetées sans précaution dans le coffre. Rien…
Nous ouvrons le capot, le moteur donne l’impression d’être une accumulation de pièces jetées au hasard pour remplir l’espace.
Je perds espoir…
En désespoir de cause, nous prenons position derrière la voiture et poussons.
Prout, prout, vru, vru,Vrouuuuuuuuuuuum !

Ca y est!

Leave A Comment

error: Content is protected!