Vers Urumqi

« Je désirais le mouvement et non une existence au cours paisible. Je voulais l’excitation et le danger,
 et le risque de me sacrifier pour mon amour. 
Je sentais en moi une énergie surabondante qui ne trouvait aucun exutoire dans notre vie tranquille. »

Tolstoï.

8 novembre 2011.

Environ quatorze heures de route séparent la ville d’Oskemen de la frontière Chinoise.
Le soir tombe assez rapidement, le chauffeur marque l’arrêt et coupe le moteur devant une barrière qui bloque la route.
Nous devons dormir là jusqu’au retour des militaires le lendemain aux alentours de 6 heures du matin.
Cinq vérifications du passeport me font traîner dans les bureaux de l’immigration.
En Asie centrale, comme dans beaucoup d’autres endroits d’ailleurs, la stabilité d’un pays ne tient souvent qu’à un fil.
Mieux vaut prévenir que guérir, alors on contrôle, puis vérifie, puis confirme mon identité et pour moi qui suis un étranger, j’y ai droit dans toutes les gares de trains ou de bus quittant une ville pour une autre.
Deux heures passent avant d’être libéré et pouvoir passer au poste-frontière chinois.
La différence d’infrastructure est flagrante.
 Des bureaux et du matériel à la pointe de la technologie.
Les Chinois se veulent irréprochables sur la qualité du service donné.
J’en ai eu pour quinze minutes top chrono avant d’être libéré des formalités administratives.
Accompagné de diverses questions sur la qualité du service.
Passeport en main, j’entre en territoire chinois et j’ai déjà le coeur lourd de bons souvenirs du Kazakhstan.
Sans un regard en arrière je quitte les bureaux de l’immigration et file vers l’inconnu.

Passé la frontière chinoise jusqu’à Urumqi, c’est la désolation la plus totale.
 Des terres arides, des maisons à peine construites puis laissées à l’abandon, d’autres désertées.
C’est sombre, tellement triste.
Des poteaux électriques jonchent le décor, remplaçant les arbres et les maisons, laissant ensuite place aux mouvements macabres des pompes à pétrole.
Nous faisons une halte dans une ville déserte, le temps de nous dégourdir les jambes et manger si nécessaire.
Je me lie d’amitié avec des femmes qui voyagent dans le même bus autour de quelques plats que nous partageons tous ensemble.

À notre arrivée à Urumqi c’est le bordel! 
Je passe d’un pays presque dépeuplé, vachement organisé, structuré, riche de partage et de rencontres où le piéton est roi à un autre surpeuplé, où règne l’anarchie dans les rues.
Les gens crachent dans tous les coins avec des bruitages surprenants.
Comme le disait si bien Sylvain Tesson, je suis arrivé dans l’empire du molard!
La ville est en partie musulman. L’odeur de l’agneau et les carottes mijotées dans le riz parfument les rues.
On y mange extrêmement bien et le fait que la plupart des cuisines soient à l’extérieur me facilite énormément la tâche pour me faire comprendre.
Je n’ai qu’à montrer ce qui m’intéresse.

Ici le piéton est un mort en sursis.
On pourrait vous écraser que le conducteur et les passant ne porteraient pas attention à vous.
Même si le feu vous donne la priorité, on vous klaxonne.
Et si vous ne vous arrêtez pas, c’est simple: la voiture ne s’arrêtera pas non plus.


Un combat au quotidien pour prendre le train.
Une fois le train rempli, les agents des voiries continuent à vendre des tickets jusqu’à remplir les wagons banquettes à ras bord si nécessaire.
Les gens se battent pour avoir une place et si vous tournez la tête ne serait ce qu’une seconde vous vous faites dépasser par dix personnes.
On se marche dessus pour ne pas rester sur le quai et je participe malgré moi à tout ça pour ne pas être celui qui restera dehors…

Avoir une place couchette est hors de prix et pour être assis il faut apparemment s’y prendre au moins quatre jours à l’avance tellement qu’il y a de monde qui voyage par ici.
Les seules places qui restent en réservant un jour à l’avance sont les places dites « debout » pour environ 3 dollars.
Les wagons sont remplis à craquer, c’est apocalyptique! 
Ça me rappelle l’Indonésie tiens.
J’ai de la chance: je me précipite sur un siège déjà occupé en marchant sur quelqu’un pour atteindre un espace en hauteur entre deux sacs où j’y ai glissé le mien.
Ca c’est fait!
 Je trouve ensuite un petite espace à coté d’une famille de musulmans qui se sont serrés pour me faire un peu de place.
 C’est parti pour 14 heures de route!

Le jour commence à décliner.
 On déballe le repas à ma table, je fais de même par habitude du partage de mes destinations précédentes.
Mais les gens dans ce coin de la Chine ne partagent pas la nourriture avec des étrangers.
 Je suis un peu déçu. Pourtant, il n’y a rien de mieux qu’un bon repas pour apprendre à se connaître.
Ici, on mange comme au moyen âge, bouche grande ouverte, et on recrache ce qu’on n’aime pas ou ce qui ne se croque pas à même la table ou le sol.
Des bruitages dignes d’un film de George Lucas!
 J’ai mis plusieurs minutes à m’y faire.
C’est grandiose, je peux péter que ça passerait incognito.

Le train rentre en gare, Il est 1h30 du matin.
Je suis l’un des derniers à sortir et sur le quai c’est l’enfer, des gens se ruent devant les portes des wagons, les contrôleurs matraque en main frappent dans le tas, essayant tant bien que mal de maitriser la situation.
Plus les gens sont chargés, plus ils sont incontrôlables.
C’est du délire! J’en rigole tellement que ça me semble surréaliste, je n’en crois pas mes yeux.
Faut se trouver une place coûte que coûte au risque de rater le train et à mon avis de perdre son ticket.
Je pensais que je ne pouvais pas trouver pire que l’Indonésie pour les transports, en même temps je me disais que je ne me faisais pas comprendre au Kazakhstan…
Je croyais que… mais tous ça c’était avant d’arriver en Chine.


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