Voie lactée

« Nous plantons la tente sur une étendue sablonneuse parsemée de buissons et piquetée de hauts blocs granitiques.
La tente est accotée à un gros roc qui nous restituera dans la nuit froide un peu de la chaleur qu’il a emmagasinée pendant le jour.
Déjà nous le sentons rayonner dans notre dos tandis que devant nous chatoie le feu.
Je prépare une nouvelle pierrade quand un petit bonhomme, sorti du crépuscule, marche droit sur nous, sans crainte et sans hésitation, pénètre notre cercle de lumière, vient nous serrer la main en silence et s’assied au pied du feu.
Enigmatique, il nous sourit.
Un croissant vif sur un disque d’opale se lève à l’horizon. La lune est sur le dos ce soir.
Les flammes étincelantes montent vers la Voie lactée.
Notre Petit Prince noir arrange les branches du foyer, les retourne, souffle ici, fourage là, accroupi, il nous regarde, toujours souriant.
Il nous apprivoise en silence. Il ne demande rien. Il est là.
Il est bien. Nous sommes bien.
Quand on lui tend un biscuit ou un bout de pain, il tape deux fois dans ses petites mains poussiéreuses, se soutient le coude droit de la main gauche et avance timidement une petite main pleine de gratitude.
Puis il grignote doucement, les yeux dans les flammes.
Il doit savoir y lire des choses merveilleuses. »

Sonia et Alexandre Poussin.

25 septembre 2013

Le bus s’arrête sur le bas-côté de la route.
Le copilote nous signale qu’il faut remplacer une des quatre roues arrières qui est déjà fort usée.
Nous profitons de cette halte pour nous dégourdir les jambes.
Les enfants affluent, Ayate me suit curieux de savoir comment ils vont réagir en voyant un étranger.
Ils s’arrêtent net à quelque pas de moi, dès qu’ils me voient sortir du bus.
« Habesha? » ( Terme utiliser pour appeller certaines ethnies éthiopiennes ou peut-être tous les Éthiopiens.)
Ayate leur dit que je ne suis pas éthiopien et se met à sourir, observant
attentivement la suite des événements.
Je leur répond que je suis comme le café macchiato: du café avec un peu de lait.
Ils se réunissent et se mettent à discuter sérieusement.
L’un d’entre eux me rétorque: « Tu n’es ni noir, ni blanc, ni Habesha…D’où viens-tu? »
On s’assoit tous les cinq à l’asiatique; fesses sur les talons, et genoux contre
la poitrine comme pour mieux réfléchir.
Je leur montre le ciel en souriant.
Ayate me traduit en rigolant tout ce qui ce passe, les hommes se rassemblent pour entendre la suite de l’histoire et les femmes tournent les talons en rigolant discrètement.
« Il vient de là haut? » s’exclament-ils surpris.
Le plus grand des enfants s’approche de moi et me palpe le bras, pince ma peau pour peut-être savoir si je suis constitué comme lui.
En voyant mes tatouages qui sont pour lui comme pour les femmes Nikisat un moyen puissant de se protéger du mauvais œil Il me dit:
« Tu es le fils de maman? »
Je ne comprend pas la question et demande à Ayate de m’éclairer.
Ayate rigole de vive voix entraînant dans son élan les hommes qui nous entourent.
Nous nous levons et l’enfant me dit en touchant mes tatouages:
« Tu es le gardien des étoiles? Quand maman dort tu les garde pour elle et dès qu’elle se réveille tu les lui rends? »
Il désigne l’œil de Bouddha que j’ai tatoué sur mon épaule comme étant la lune.
Je reste silencieux face à cette conclusion que seul un enfant peut trouver.
Je hoche la tête et lui sourit joyeusement.
Je me retourne vers le chauffeur qui finit de changer la roue et nous invite à regagner nos places.
Je salue chaleureusement de la main tous les habitants du village et remonte dans le bus.

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